Le New York de Shaden Hachem exposé à Paris

“I didn’t go to the MOMA“, c’est le titre choisi par la photographe franco-libanaise Shaden Hachem pour son exposition qui ouvre ses portes le 17 octobre à Paris. Une expo qui réunit les clichés réalisés en argentique lors d’un séjour à New York. Shaden photographie de manière viscérale, elle fonctionne au coup de cœur de ceux et celles qui croisent son chemin. Elle nous livre un New York vibrant et incroyablement humain !
Type de fabrication : Tirages argentiques sur papier RC satiné, collage sur dibond et vélcro. Et impressions jet d’encre sur papier baryta Hahnemuhle 315g, collage sur dibond et vélcro.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
En partant, j’ai dit à tout le monde que j’allais à NY pour prendre des cours de théâtre.
Sur le papier, c’était vrai. Et puis dans mon cours de théâtre, il y a un Américain de Virginie avec qui je dois passer une scène. Il transpire un peu tout le temps et il a toujours des muffins Oreo sous la main, il en propose à tout le monde, on a sûrement pas les mêmes codes, ça me dégoûte.
Mon père me demande tous les jours :
– “ Alors Hollywood ? C’est pour la fin de l’année ? ”,
bientôt il va m’appeler en me disant :
– “ et Deniro ? ”
– “ Quoi Deniro Papa ? ”
– “ Il est sympa ? ”
Le meilleur endroit que j’ai trouvé pour me mettre en scène ici, c’est derrière mon appareil photo.
Pour moi, cette ville, c’est ma mère qui dit qu’elle a des airs de Nathalie Portman par le simple fait qu’elle porte des New Balance et des jeans boyfriend. C’est son élixir de jeunesse, sa façon d’en parler comme si elle y avait grandi alors qu’elle n’y est allée qu’une seule fois au même âge que moi. J’ai grandi avec son appareil photo autour du cou et ses albums photos entre les mains. Je ne sais pas combien de fois je me suis raconté ce voyage, le sien, puis le mien.
À Harlem, j’ai demandé à une bande de mecs si je pouvais les photographier, au bout de la troisième fois, l’un d’eux me répond : “ Oui, mais lui ne le regarde pas dans les yeux, ok ? ”
J’ai levé la tête et, pour la première fois de ma vie, j’ai croisé le regard d’un aveugle. À Diamond Street, j’ai failli être mariée parce que je ne parle pas très bien anglais.
Ici, les photographes ne marchent pas, ils courent. La meilleure chose que la photo m’ait apprise, ce n’est pas de regarder mon sujet mais de lui parler, et Dieu bénisse, qu’est-ce que je parle. Je n’ai aucun amour pour la technique ou pour le matériel que j’utilise, aucune connaissance particulière.
Tout ce que je sais, c’est là. Sans trembler et sans tricher. Voici quelques photos que j’ai prises pendant mon voyage à New-York, elles vous le raconteront sûrement mieux que moi.
“ J’ai commencé à prendre des photos pour
séduire mon entourage, pour draguer les inconnus et le temps.
Et à chaque fois que j’appuie sur ledéclencheur
c’est moi qui tombe amoureuse.
Derrière un objectif on a le droit de tomber amoureux
24 fois par jour,
24 fois par seconde même.
Derrière un objectif on a pas besoin d’être beau,
on a le droit d’être pudique, on a le droit d’embrasser la laideur,
on a le droit d’être moche.
Derrière un objectif on a le droit de mentir,
la photo c’est l’art de suggérer, d’être timide,
et de s’offrir l’opportunité de briller à travers ce qu’on regarde,
et c’est tout.
J’’ai un rapport nerveux à la photo, c’est dans mon ventre,
comme on tombe amoureux,
c’est comme le vent c’est partout.”
• Date : Du 17 octobre au 17 novembre 2024
• Lieu : Paname Art Café
14, rue de la Fontaine au Roi
75011 Paris
https://shadenhachem.com/