Paysages Mouvants, la seconde édition du festival des nouvelles images au Jeu de Paume

En 2022, le Jeu de Paume avait inauguré la première édition de son festival destiné aux métamorphoses de l’image contemporaine sous le nom « Fata Morgana ». Cette année, la manifestation revient avec « Paysages Mouvants », sous le commissariat de Jeanne Mercier, pour un récit collectif qui déroule une histoire des représentations des environnements naturels et des imaginaires qui les convoquent. Le laboratoire PICTO est heureux d’avoir réalisé les tirages de trois photographes : Julien Lombardi, Richard Pak et Mathieu Pernot.
Type de fabrication : Impressions jet d’encre pigmentaire et contrecollage.
Le laboratoire Picto aide les photographes professionnels pour la réalisation de leurs expositions, des tirages à l’accrochage, en passant par les finitions et l’encadrement.
La commissaire, Jeanne Mercier a invité la scénariste Loo Hui Phang à collaborer sous la forme d’une voix qui, à travers une narration, parcourt les oeuvres de 15 artistes de la scène artistique actuelle, pour la plupart inédites car spécialement produites pour cet événement. Chaque projet se saisit des espaces naturels aux prises avec des stéréotypes – la jungle, l’oasis, le ciel, le désert, la forêt… – pour en proposer un nouvel imaginaire.
Le festival, qui dévoile pas à pas une histoire sensorielle et intime de notre rapport au monde, se veut également un espace de réflexion sur les enjeux contemporains, les oeuvres entrant en résonance avec les questions environnementales mais aussi d’identité ou de flux migratoires. Conçue comme une expérience immersive et interactive, cette nouvelle édition du festival offre au public une fresque artistique où les mondes de la photographie, de la littérature et des sciences se rencontrent et se transforment : le paysage devient alors un territoire vivant et en perpétuel mouvement.
Une réflexion sur le monde : l’environnement menacé
Les oeuvres du festival abordent, tout au long du parcours, des thématiques phares parmi lesquelles les changements climatiques, invitant à repenser la responsabilité de l’être humain envers son environnement, qu’il soit polaire, insulaire ou forestier. Julian Charrière ouvre ce festival avec Towards No Earthly Pole – Conway (2019), offrant une plongée dans l’Arctique et l’Antarctique, régions caractéristiques des effets du réchauffement climatique. Tirées de son film co-réalisé avec la philosophe Dehlia Hannah, An Invitation to Disappear, les images et oeuvres liées au film, comme la lampe de lave ou le bois carbonisé, explorent les liens entre la nature et la création artistique, en hommage au 200e anniversaire de l’éruption meurtrière du Tambora en Indonésie. Sur une autre île en péril, Richard Pak explore le destin tragique de Nauru, dévastée par l’exploitation du phosphate. Dans son installation photographique, il capture la beauté perdue des paysages en ruines et les altère chimiquement, leur donnant ainsi une dimension mythologique, tel un oracle moderne. Andrea Olga Mantovani propose avec Racines, (2020 à 2025 – oeuvre spécialement produite pour le festival) un voyage introspectif dans le massif des Carpates en Ukraine. À travers ce lieu mystérieux, l’artiste interroge notre relation aux forêts primaires et relie passé familial, mémoire collective et enjeux géopolitiques actuels.

Planeta, 2025
Installation : photographies et sculpture (détail)
© Julien Lombardi
À droite : Mathieu Pernot.
L’atlas en mouvement Planches de botanique de végétaux du bassin méditerranéen légendées en arabe, 2018. Marwan Cheikh Albassatneh
© Mathieu Pernot / Adagp, 2025
Mémoire et migration : des récits de territoires
D’autres oeuvres du festival retracent les mémoires migratoires et culturelles. Prune Phi poursuit ce travail mémoriel dans son installation .cóm (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), qui explore l’histoire de sa famille vietnamienne et la politique migratoire coloniale qui a soutenu le développement de la culture intensive du riz en Camargue. L’oeuvre, une installation qui évoque un paysage de rizière, annonce le début d’une fiction qui se joue au pied des plants de riz. Path to the Stars (2022), de Mónica de Miranda, rassemble des biographies complexes qui se chevauchent et interagissent : le passé et les combattants de la liberté anticoloniaux en Afrique centrale, l’incertitude du présent et le désir d’appartenance, la projection vers l’avenir et le désir de symbiose avec l’environnement. Dans sa vidéo, une femme observe attentivement la nature qui l’entoure, métaphore d’un espace féminin qui traverse plusieurs temps et espaces. Mathieu Pernot s’intéresse en particulier à la circulation des savoirs dans L’Atlas en mouvement (2022), une oeuvre réalisée en collaboration avec des réfugiés. Mélangeant astronomie, botanique et cartographie, ce projet collectif retrace les chemins de l’exil et les savoirs partagés de l’humanité. Enfin, l’installation d’Edgar Cleijne et Ellen Gallagher rappelle le paradis perdu dans une forêt submergée dans laquelle les êtres humains parviennent à la conclusion brutale : celle de ne pas avoir d’autre choix que de vivre séparément des animaux.
Mythologies contemporaines : réinventer les imaginaires du monde moderne
Toujours au fil du récit, les artistes explorent les mythes et les récits imaginaires qui façonnent notre rapport aux paysages et aux cultures. En s’inspirant des traditions congolaises et des cultures kasaïennes, Tales From The Sources (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), de Léonard Pongo, présente le paysage comme un personnage doté d’une volonté et d’un pouvoir propres. Superposition d’images, de couches, de calques et de projections recréent un paysage complexe et vibrant; l’oeuvre est telle un livre ouvert racontant une histoire de l’humanité et de la planète, dont le centre se situe au Congo. Avec The Scylla/Charybdis Temporal Rift Paradox (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), Mounir Ayache puise ses références dans la mythologie grecque, la série animée Ulysse 31 et la figure de Léon l’Africain, explorateur et diplomate nord-africain du XVIe siècle. Projetée au XXVIe siècle, cette oeuvre s’inspire des versions arabes du mythe de Charybde et Scylla, personnifiées par deux figures féminines symbolisant deux pôles politiques. Yo-Yo Gonthier propose avec Le nuage qui parlait (2011 à nos jours – oeuvre spécialement produite pour le festival) qui réunit sculpture, dessin, vidéo et photographie – une oeuvre librement inspirée par l’exploration, la conquête, les découvertes, le voyage physique et fantasmé. Née d’une histoire et d’une expérience commune, elle porte l’engagement collectif des personnes qui l’ont construite, et son envol à différents endroits du monde est une action et un symbole : celui de l’émancipation. Eliza Levy, avec Les Hospitaliers (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), poursuit l’exploration de nos expériences de perceptions des mondes. Elle propose un paysage que l’on habite : un espace-conte multisensoriel pour faire ressurgir de nos mémoires les mondes enfouis. Aventure merveilleuse qui suspend le temps, l’installation est à la fois la continuité et le prélude d’un film et d’une création théâtrale.
Vestiges de l’Éden : de la conquête spatiale aux forêts tropicales
Le thème du paradis traverse également ce parcours. Julien Lombardi transpose l’Éden dans l’espace à travers Planeta (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), qui, à partir des traces de l’expansion de la conquête spatiale dans le désert de Sonora (Amérique du Nord), jonchés de débris technologiques, tisse un dialogue entre ciel et terre, sciences et imagination. Thomas Struth et Laila Hida poursuivent quant à eux cette exploration et questionnent notre fascination pour les espaces exotiques. Thomas Struth interroge la représentation du paradis et capture la beauté des forêts tropicales et des jungles dans le monde entier. Il en dévoile une image monumentale, Paradise 24, Sao Francisco Xavier, Brazil, 2001, invitant le public à pénétrer dans l’image. Laila Hida retrace quant à elle, avec Le voyage du Phoenix (2025, oeuvre spécialement produite pour le festival), l’exploitation financière d’une part et d’autre part, l’implantation du palmier marocain sur la Riviera française puis en Californie, interrogeant les notions d’exotisme et de loisir depuis l’Orientalisme du XIXe siècle à nos jours.
Une expérience multisensorielle, collective et interactive
Le festival se déploie dans tous les espaces du Jeu de Paume, multipliant les supports et les formats pour offrir une immersion totale grâce à la voix de la scénariste qui guide les visiteurs. Outre les projections des oeuvres de certains artistes qui transforment les salles en des espaces de méditation visuelle et sonore, l’événement propose une riche programmation de performances, concerts, projections, conférences, ateliers, souvent en dialogue direct avec les artistes. Parmi les temps forts : les performances inédites de Mounir Ayache, Laurie Bellanca, Clara Hédouin, Jeanne Alechinsky et Violaine Lochu, mais aussi une soirée exceptionnelle avec le collectif Disko Zakvas Kolektiv du Fotofestiwal invité par le Jeu de Paume pour célébrer le week-end d’ouverture à travers un DJ set et un mapping. Tout au long du festival, l’expérience se poursuit durant trois week-ends avec la performance olfactive de Julie C. Fortier, l’expérience culinaire signée Prune Phi et Céline Pham, les rencontres avec Eliza Levy et Philippe Descola et des performances de Nicolas Moulin et de Vincent Moon. Des événments animés par Yo-Yo Gonthier, Wilfried N’Sondé et le duo Raffard-Roussel enrichissent ce voyage sensoriel et interactif au coeur de l’art contemporain et interrogent encore davantage nos représentations des paysages.
• Date : Du 7 février au 23 mars 2025
• Lieu : Jeu de Paume
1, place de la Concorde, Jardin des Tuileries
75001 Paris
https://jeudepaume.org/